Le dionysisme dans la Naissance de la Tragédie

Dans la Naissance de la Tragédie, Nietzsche célèbre, autour de Dionysos le mystère de l’unité primitive, l’évangile de l’harmonie universelle, dans ce retour à l’originaire, toutes les différences s’abolissent. Tous sont dieux, confondus dans un sentiment panique. L’individu dans sa particularité est aboli ! Toutes les chaînes tombent, mais c’est pour atteindre une existence transfigurée. Le … lire la suite

Attendre soi

Vladimir. — Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? Estragon. — On attend. Vladimir. — Oui, mais en attendant. Beckett. L’intérêt que Valéry a porté à la notion d’attente n’est plus à souligner[1]. Le plus souvent couplée de façon antinomique avec celle de surprise, elle est aussi mise en rapport avec la mémoire, l’attention, le temps, etc. Je voudrais ici, d’une façon plus circonscrite, … lire la suite

Valéry et ses amis philosophes : Gustave Fourment, Eugène Kolbassine

Deux personnes ont joué, dans la vie de Valéry aux alentours de 1894, un rôle important : Gustave Fourment et Eugène Kolbassine. Ces deux individus n’avaient en commun qu’une seule chose : être des philosophes, plus précisément des enseignants de philosophie. Tout, par ailleurs, les opposait : leur origine et surtout leur tempérament. L’influence qu’ils exercèrent … lire la suite

Simone Weil et son refus de Nietzsche

Il semble que Simone Weil ne se soit prononcée qu’une seule fois sur Nietzsche et son jugement sur lui ne nous est connu que grâce à la publication d’extraits et de brouillons de lettres à son frère André Weil en janvier-avril 1940, recueillis dans le volume Sur la science (Gallimard, 1966). Mais qu’on ne se … lire la suite

Naissance du couple Apollon-Dionysos chez Nietzsche

La prodigieuse rencontre qui s’est faite aux premiers moments de la réflexion nietzschéenne entre, d’une part la philologie grecque et, d’autre part, la musique de Wagner a engendré le couple Apollon-Dionysos. D’un côté, les études grecques, la vocation philologique, la « profession » philologique, devrait-on dire, car il y a là le sérieux professionnel, le sérieux scientifique, le sens historique, qui, … lire la suite

Nietzsche et le Vautour (Wagner)

 En ces temps heureux, Nietzsche, jeune professeur enseignant la philologie à Bâle, a le grand bonheur d’aller souvent comme invité près de Lucerne où s’est réfugié le couple Wagner-Cosima. Il a accepté avec joie d’être le commissionnaire empressé de Bâle à Tribschen et de corriger les épreuves de l’autobiographie du maître que Cosima, vouée elle … lire la suite

Simone Weil et la lecture non-sacrificielle de la Bible

Le sacrifice est au cœur même du christianisme. L’étymologie du mot l’installe incontestablement dans le domaine religieux puisqu’il s’agit de « faire du sacré ». Il est en même temps indissociable d’une violence exercée sur une victime, fût-ce soi-même. Le sacrifice suggère des privations, des offrandes, des immolations. Et s’il est toujours lié à une forme de … lire la suite

Les cris de l’âme

Dans cet immense chantier, désormais à notre portée, par la publication achevée des dix-huit Cahiers, dans cette masse d’écrits, aux registres les plus divers, une énigme va retenir notre attention, l’énigme qui obsède Simone Weil, hantée par l’apparente indifférence de Dieu aux souffrances humaines et l’éternel silence qui succède aux cris les plus déchirants. Dans … lire la suite

L’autre côté du ciel

« Tous les hommes se font une notion des dieux et tous en tant qu’ils sont, Grecs ou Barbares, qui croient en l’existence des dieux, s’accordent à localiser la divinité dans la région la plus haute, rattachant à l’immortel (le ciel incorruptible) ce qui est immortel et regardant toute autre supposition comme inadmissible.» Aristote, De Caelo, … lire la suite

Simone Weil et Bergson

Vraiment très contemporains, puisqu’ils meurent à deux années d’intervalle, en 1941 et en 1943, Bergson et Simone Weil ne semblent pas du tout avoir vécu le même temps. Et pourtant jamais deux esprits n’auraient pu être plus proches Tous deux, formés à la philosophie française dans les meilleures institutions et par les plus grands maîtres, … lire la suite

Simone Weil ou la mystique nihiliste

Emparons-nous d’entrée de jeu de la difficulté qui obligerait à poser “philosophe” et “mystique” comme des termes antagonistes maintenant entre eux une irréductible tension et faisons aussitôt place à une citation du philosophe italien Giorgio Colli :  “ Un mot mal famé. Aujourd’hui comme hier le mot “mystique” sonne mal : on rougit ou on s’offusque en … lire la suite

Une tout autre idée de Dieu

Disons tout de suite : autre que celle véhiculée par la tradition judéo-chrétienne. En prêtant attention au thème de ce colloque et à son intitulé : Simone Weil lectrice de la Bible et interprète du christianisme, on admettra d’emblée que les termes « lecture » et « interprétation » sont rigoureusement synonymiques et qu’il ne s’agit pas de différencier la simple … lire la suite

Le passage de la personne à l’impersonnel

Simone Weil, alchimiste de l’âme. Ou comment changer le plomb en or. Comment passer d’une âme à l’autre ? Chaque être humain a deux âmes. L’une qu’il ne connaît pas est située au centre de lui-même. Pour la rencontrer, il lui faut sortir de soi. L’autre est celle qu’il sent et pense comme la sienne. … lire la suite

Sur Simone Weil, un témoignage

Monique Broc-Lapeyre, vous avez beaucoup écrit et fait des conférences sur Simone Weil. Comment l’avez-vous connue et que représente-t-elle pour vous ? Jeune étudiante en philosophie à la Sorbonne, je devais choisir un sujet pour le diplôme de maîtrise. La lecture de La Pesanteur et la Grâce que Gustave Thibon venait de faire paraître m’avait passionnée. … lire la suite

Que ma volonté soit défaite

Le titre donné à cette conférence : « Que ma volonté soit défaite », peut doublement irriter : de prêter voix à Simone Weil en s’instituant son porte-parole par une identification abusive ; d’y donner à entendre une sorte de contrepoint parodique au genèthé tô to thélèma sou du Pater qu’elle a traduit : « soit accomplie ta volonté » (AD, 214)[1]. … lire la suite

Simone Weil ou le souci du mot juste

Dans cette abrupte et sobre apposition au nom de Simone Weil du mot écrivain[1], nous trouverons la première occasion de ce souci du mot juste. Dans un premier temps, nous nous attarderons sur le rapport de Simone Weil à son œuvre, pour remarquer tout de suite que, si elle a très abondamment écrit, l’état même … lire la suite