Attendre soi

Vladimir. — Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? Estragon. — On attend. Vladimir. — Oui, mais en attendant. Beckett. L’intérêt que Valéry a porté à la notion d’attente n’est plus à souligner[1]. Le plus souvent couplée de façon antinomique avec celle de surprise, elle est aussi mise en rapport avec la mémoire, l’attention, le temps, etc. Je voudrais ici, d’une façon plus circonscrite, … lire la suite

Valéry et ses amis philosophes : Gustave Fourment, Eugène Kolbassine

Deux personnes ont joué, dans la vie de Valéry aux alentours de 1894, un rôle important : Gustave Fourment et Eugène Kolbassine. Ces deux individus n’avaient en commun qu’une seule chose : être des philosophes, plus précisément des enseignants de philosophie. Tout, par ailleurs, les opposait : leur origine et surtout leur tempérament. L’influence qu’ils exercèrent … lire la suite

« Si l’esthétique pouvait être … »

 « Les centenaires amusent le public. » Valéry[1] Secoué par les cahots du train, l’ami de M. Teste songeait. Il songeait à Paris, ce creuset où fermentent les propos les plus divers : discours, conversations, éloges déguisés et critiques, prédictions et exorcismes. Dans ce gouffre s’agite une société de démons : les Intellectuels[2]. Parmi eux, il en est de … lire la suite

« Ce qui m’intéresse le plus n’est pas du tout ce qui m’importe le plus » (OE, II, 1521).

Rien d’étonnant, de prime abord, dans cette confidence pour qui connaît la pensée valéryenne : distinction entre ce qui est l’objet d’une séduction, intérêt souvent ponctuel et, comme tel, susceptible de s’évanouir, et ce qui a fait l’objet de recherches constantes, « travail de Pénélope » (C, XII, 606) centré sur la volonté de comprendre ce qu’il en … lire la suite

Le chef d’orchestre danubien furibond et Monsir Falerië

Valéry a opposé à l’effet-Nietzsche une forte résistance ironique. Dans les notes qui le concernent, il en fait le curieux « mélange d’un pasteur, d’un doukhobor (c’est-à-dire le spectateur d’une spiritualité russe dissidente de l’église officielle) et d’un fou slave »[1]. Lors d’un dîner de têtes auquel Valéry aura convié les philosophes, il les décrit ainsi : « L’un … lire la suite

« Du divin et des dieux », Recherches sur le Peri tôn tou theou, Franz Johansson et al., Peter Lang éd., Frankfurt am Main, 2014

Ce n’est peut-être pas par hasard que le dessin de Valéry au bord de l’élégante couverture de l’ouvrage intitulé « Du divin et des dieux », Recherches sur le Peri tôn tou theou de Paul Valéry donne à voir un paysage à la Chirico qu’un œil, sur la gauche, regarde de biais. Car le dossier, dont … lire la suite

« L’IDÉE FIXE » OU LE MAL DE TESTE « Si l’on se taisait, ce qui parle à présent dans l’air, parlerait dans …l’homme… Dirait, peut-être, d’autres choses…»

« L’IDÉE FIXE » OU LE MAL DE TESTE[1] « Si l’on se taisait, ce qui parle à présent dans l’air, parlerait dans …l’homme… Dirait, peut-être, d’autres choses…[2] » I. PROLOGUE : « UN HOMME SEUL EST TOUJOURS EN MAUVAISE COMPAGNIE[3] » Dans l’avertissement à la deuxième édition de L’Idée fixe, Valéry fait remarquer que les idées émises par les deux interlocuteurs n’ont … lire la suite

Valéry et l’automatisme psychologique

On connaît généralement Valéry comme poète du Cimetière Marin ou de La Jeune Parque, l’auteur de La Soirée avec Monsieur Teste ou de l’Introduction à la méthode de Léonard de Vinci. Le grand public ignore souvent le reste de son œuvre et surtout ses Cahiers, quelque trente mille pages de réflexions, sorte de journal intellectuel … lire la suite

De l’éristique à la sous-conversation

Le titre de cet exposé m’a été suggéré par ce passage des Cahiers : Je retourne à l’idée, demi-souvenir – demi-projet – d’une conversation avec le semblable très semblable ; poussée, un soir favorable, aussi loin que ce serait possible. (…) C’est un mélange de haine et d’amour, une intimité sans merci, – avec une croissance de divination mutuelle, … lire la suite

L’image chez Valéry

Du voyage en ballon au saut à l’élastique Rendre raison d’abord de ce sous-titre un peu énigmatique : on aurait pu le croire postchronique, mais avec l’Australien Steve Fossett, le voyage en ballon revint dans l’actualité ; il serait prochronique, avec le saut à l’élastique, si mon attrait était moins pour le vide que pour … lire la suite

Caillois et Valéry

Il y eut peu (ou pas ?) de rapports directs entre Valéry et Caillois. Les deux hommes auraient pu se croiser – disons entre 1933 et 1939 – mais les probabilités d’un échange qui aurait compté pour le plus jeune (Valéry a 42 ans de plus) restent minimes. Rien de commun non plus entre le Champenois, … lire la suite

De Valéry à Genette

« L’esthétique ? Elle se croyait universelle ; mais, au contraire, elle était merveilleusement soi” (Paul Valéry).» Dans le premier temps de mon propos, je voudrais montrer, en suivant les premières pages du Discours sur l’esthétique, prononcé par Valéry en 1937, que nous ne sommes pas totalement éloignés, aujourd’hui, des problématiques et des interrogations que … lire la suite

L’architecte assassiné ou la coquille du philosophe

Ils ont oublié le grand malheur de ne pas comprendre ou la joie inverse (C,I, 10). Quelques mots d’abord sur ce titre qui pourrait paraître à la fois cruel (pour l’architecte) et frileux (pour le philosophe). Il fait allusion à cette réplique de Phèdre à Socrate dans Eupalinos (Socrate vient de raconter que son âme adolescente hésitait entre … lire la suite

Valéry et l’École des Annales

Je voudrais modestement, mais aussi audacieusement, essayer de montrer que bien des propos de Valéry sur l’histoire rencontrent les prises de position des auteurs de l’École des Annales. Rien ne nous permet de penser qu’il les ait connues. Pourtant, il aurait pu le faire puisque c’est en 1929 que paraît, sous la direction de Lucien … lire la suite

Narcissus Poeticus

NARCISSUS POETICUS[1] C’est le faire qui est l’ouvrage, l’objet, à mes yeux, capital, puisque la chose faite n’est plus que l’œuvre d’autrui. Cela est du Narcisse tout pur. (C, XII, 657) Nous voici justifiés. Une recherche sur la genèse du texte valéryen, sur sa production (le faire), passe nécessairement par Narcisse, par cette aperception de soi … lire la suite

Valéry et les mots

« Ma plus grande distraction fut de parler, faire des mots — à 6 ans »[0] La conception valéryenne du mot, nous semble proche, au moins au départ, de la position mallarméenne, telle qu’elle est exprimée dans « L’Essai sur Mallarmé » (voir Cahiers, II, 275 sq.), contemporain du cahier Tabulae, datant donc de 1897-1899. … lire la suite

Sentir, imaginer, abstraire : éléments d’une théorie de la connaissance dans les premiers Cahiers de Paul Valéry

Les Cahiers de Valéry commencent en 1894 pour s’achever à la veille de sa mort, en 1945. L’importance de l’œuvre (29 tomes d’environ 1 000 pages chacun, éd. CNRS) n’est plus à démontrer. Jamais interrompus, ils portent témoignage de la réflexion permanente d’un esprit désireux de saisir les mécanismes de son propre fonctionnement. Considérés par … lire la suite

Valéry, Wittgenstein et la philosophie

« Je substituerais à toute la « philosophie » une recherche sur le langage ». Valéry, Cahiers XXVI. 627. « En lieu et place de la turbulence des hypothèses et des explications, nous voulons instaurer le calme examen des faits de langage ». Wittgenstein, Fiches, § 447. Je voudrais essayer de tenter un parallèle entre deux auteurs contemporains qui, sans être connus, paraissent avoir … lire la suite