Insinuations perverses, un vice de forme, Pierre Klossowski

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Par : 
Monique Broc-Lapeyre

Un si funeste désir Gallimard, 1963, 236 p.
Nietzsche et le cercle vicieux Mercure de France, 1969, 364 p.
Klossowski, L’arc, numéro spécial, 1971.

 « L’assaut dont il nous menace se ramène à une clause de style. » Le Baphomet, p. 177.

        Croire que tout revient au même, c’est bien le diable quand il joue à abuser notre confiance en nous faisant croire que le monde et nous n’avons pas de sens et qu’il eût mieux valu, selon la vérité de Silène, n’être pas né, et puisque le mal est fait, mourir au plus vite. Mais là est justement le piège : de l’existence, on ne peut plus sortir. Le pire n’est pas de devoir mourir mais de ne le plus pouvoir, d’être, en somme, condamnés à l’immortalité, à éternellement revenir. Dieu trompait l’homme, lui disant : tu mourras. Le Serpent, lui, promettait : vous serez comme des dieux. C’était la même promesse, à l’endroit et à l’envers ; malédiction ou bénédiction, éternité de bonheur ou de malheur, on n’échappe pas à l’éternel. Lassé de trop de beauté, Dieu simule le diable pour se changer les idées. Le repos de Dieu, c’est le diable ; le septième jour, le jour du Seigneur, Dieu se repose de la genèse d’un monde et regarde l’autre côté de la création. Dieu, quand il joue au diable, nous prend dans les filets de son Verbe, il vient offrir, par le mal faire, l’appropriation de la puissance divine. L’enjeu est bien d’encourir la malédiction pour recevoir en partage le secret des dieux ; connaître justement qu’ils sont au moins deux, lui et l’autre, et qu’à le savoir, on s’ajoutera à leur nombre.

        En livrant son âme au diable, l’homme du savoir est devenu dieu, mais il a perdu le Dieu unique, et rendu efficace la menace de mort : deus circulus vitiosus ; dieu vicieux voué à l’éternelle rotation des existences ; cercle divin du vice, l’autre voie du surnaturel.

        L’homme s’était voué à l’enfer de vivre, mais l’enfer des hommes est spectacle pour les dieux. L’âme devenue haut lieu de perdition est, pour le dieu qui est en l’homme, « jubilante dissolution ». Les passions de l’homme sont la passion du dieu qu’il est.

        De cette nouvelle théologie nietzschéenne, Klossowski défait les plis. Elle consacre la défaite du sens et la montée du Signe, cycle nouveau où les temps anciens recommencent. C’est la revanche des simulateurs éconduits par le Grand Prétendant au Sens, qui, trop longtemps, a régné sur les esprits par la maîtrise des souffles et le rapt des corps, recueillant les soupirs des saintes en extase en les faisant parler en docteurs de l’église.

        La conscience, pénélopéenne et complice, travaille jour et nuit, à entrelacer, en les inversant les signes du langage, pour ne pas se mettre dans le mauvais cas de devoir accepter un autre maître que celui qu’elle puisse reconnaître. On comprend qu’exténuée elle soit la première à se laisser abuser. Ce consciencieux ouvrage n’est que faux prétexte, ourdi sous couvert de fidélité au maître absent. Prétendant déchiffrer avec soin les impulsions obscures, elle les code cependant de façon à faire voir, à la lumière du jour, qu’on en est toujours au même point. Quand, à bout d’expédients, la conscience, éternelle veuve, est prête de se rendre, le maître réapparaît, le Verbe se fait chair – mais il n’est pas reconnu. Seule sa maîtrise dans le maniement des armes permettra de l’identifier, c’est-à-dire qu’il le sera par le renouvellement de son ancienne habileté à user du code des signes. Ulysse n’est plus qu’un prétendant parmi d’autres, il doit faire ses preuves et la chienne conscience n’y reconnaît plus ses petits, elle mélange tout, confond son maître avec les autres. Les dieux sont plusieurs.

        Nietzsche, martyr d’une nouvelle religion polythéiste, va dire la tragédie de l’essoufflement du Dieu qui s’était prétendu unique. Rendre les esprits libres, au prix de l’abandon de son propre corps, c’est faire retour au morcellement antique. La même histoire recommence sempiternellement et le Dieu Un, le traître qui n’est décidément plus celui qu’on pense, est, à la fin, toujours puni. Incipit parodia [1]. A montrer le sens de la parodie chez Nietzsche, on ne peut éviter, dit Klossowski, le reproche de parodier Nietzsche. C’est un des aspects de la parodie nietzschéenne qu’on ne puisse lui échapper ; elle a préparé « quelque chose d’essentiellement sinistre et méchant » (id.), dans quoi tombent fatalement tous ses interprètes. Dans son article sur Nietzsche, le polythéisme et la parodie, Klossowski se défendait encore, expliquait : « On ne saurait éviter ici d’être victime d’une sorte de ruse ni de tomber dans le piège inhérent à l’expérience et à la pensée de Nietzsche même… ; dès qu’on cherche à élucider sa parole, on lui fait toujours dire plus qu’il ne dit et moins qu’il ne dit… ; plus qu’il ne dit, en se l’assimilant, ou moins qu’il ne dit, en le rejetant ou en l’altérant, pour la simple raison que, à proprement parler, il n’y a guère de point de départ, ni exactement de point d’arrivée. »[2].

        En publiant Nietzsche et le cercle vicieux, Klossowski nous fait comprendre qu’il est allé bien au-delà de cette prudente justification. Pourtant, dans l’introduction, il commence par l’aveu d’une « rare ignorance » qui semble interdire le projet de « parler de la pensée de Nietzsche ». Klossowski ne sait rien ou du moins ne veut rien savoir, en tout cas rien dire de ce qui a été écrit sur Nietzsche. En ce sens, son livre n’est qu’une « fausse étude », mais une telle humilité n’est que l’envers d’une prétention infinie qu’autorise la fréquentation authentique de Nietzsche. Rien ne saurait mieux convenir à un « faux prophète»[3], « qu’une fausse étude ». Écoutons ce que Klossowski laisse comprendre sous ses mots de fidèle interprète : « parce que nous lisons Nietzsche dans le texte, que nous l’entendons parler, peut-être le ferions-nous parler pour nous-mêmes et nous mettrions à contribution le chuchotement, le souffle, les éclats de colère et de rire de cette prose la plus insinuante qui se soit encore formée dans la langue allemande – la plus irritante aussi ? ».

        Lire Nietzsche dans le texte – beaucoup le peuvent ; cependant n’allons pas croire que Klossowski aille ici se prévaloir de ses titres fort honorés de traducteur. Il s’agit d’une plus subtile passation de pouvoir. Lire Nietzsche dans le texte, c’est, d’une part, lire Nietzsche dans tous les textes. Klossowski tire ses plus riches interprétations de l’investigation des textes en marge de l’œuvre publique, et il ne faut pas penser seulement à l’énorme masse des posthumes, mais aux écrits de collège et aux lettres de la folie. Ainsi fait-il éclater l’œuvre en extension par l’apport de textes qui la débordent à ses deux extrémités : « …guère de point de départ, ni exactement de point d’arrivée, avait écrit Klossowski. C’était déjà placer l’œuvre tout entière sous le signe fatidique de la circularité d’une voix qui, à son terme, fait écho à l’origine ; ce qui est précisément le processus nietzschéen de décomposition de l’un par les effets de résonances multiples.

        Mais ce n’est pas encore assez d’intégrer au domaine nietzschéen des pièces qu’on avait toutes sortes de bonnes raisons d’exclure. Klossowski entend jusqu’au mutisme final et, ventriloque de génie, fait encore parler celui qui n’est plus personne depuis longtemps. Car c’est bien peu pour Klossowski de comprendre l’allemand et d’entendre la langue de Nietzsche ; il parle par sa voix, ce qui est tout autre chose. Il reprend son souffle, nouveau tamanoir, le faisant parler à force de l’écouter. Et quand Klossowski dit qu’il entend parler Nietzsche, comprenons bien qu’il entend sa voix, les inflexions de sa voix, ses vibrations, ses accents, son rythme, ses éclats. On ne se demande pas si c’est Nietzsche qui parle dans le livre de Klossowski ; l’abondance des textes nietzschéens comme enchâssés dans le commentaire le montre à l’envi. « Faire parler Nietzsche pour nous-mêmes », cette prétention tient à ce que Klossowski est devenu Nietzsche – à moins que Nietzsche ne soit revenu en Klossowski – et que cette audace sans nom le laisse lui-même sans voix. Qu’importe alors que, pour nous restituer « la pensée de Nietzsche », Klossowski ne fasse pas état de ce qui a été dit déjà ; il est trop occupé à trier les souffles, à emprunter sa voix au grand voleur de figures, au « prince des modifications » ?

        Le Baphomet offre de façon prémonitoire, dans la scène du roi décapité[4], l’illustration de ce qui constituera pour Klossowski la théorie nietzschéenne et sa pratique du simulacre. Une forme voilée de noir s’avance vers le roi Philippe, et d’un coup de cimeterre, lui tranche la tête, répondant ainsi au désir qu’il venait d’exprimer de « faire le mort parmi les vivants ». Séparée du tronc, la tête royale parle encore, elle dit son dégoût du corps et son refus de retourner à lui. Cette tête, le personnage en noir la dissimule sous ces voiles, tandis que, redressé, le tronc royal la poursuit en tâtonnant. Le roi décapité, sa majesté acéphale, recherche sa tête, pendant que celle-ci, sous les voiles, supplie qu’on veuille bien l’épargner, et qu’on s’empresse de mettre le corps au cloaque. Quand celui-ci a finalement disparu dans une trappe, le personnage voilé de noir se découvre, et c’est Philippe intact de la tête aux pieds. Tous ont été victime d’une supercherie.

        Comme Philippe, Nietzsche n’est-il pas le simulateur capable de se trancher la tête, de séparer non pas l’âme du corps, mais l’intellect, le cerveau, de sa solidarité avec le corps ? Tête méchante, ingrate, heureuse, d’être séparée, et corps dressé à la soumission, esclave fidèle à la recherche de son maître. Nietzsche voudra se faire complice de ce corps aveugle et muet et lui donner la parole. Bien sûr, tout cela n’est que pratique simulatoire, phantasme, vision… Derrière les voiles noirs, c’est Nietzsche intact et il rit du tour joué.

        Klossowski met en scène dans le Baphomet la technique du philosophe imposteur dont il fera la théorie dans Nietzsche et le cercle vicieux.

        « Quelque chose tourne dans ma tête : ou plutôt je serais près de croire que ma tête tourne autour de quelque chose, donc qu’elle décrit un cercle. »[5] L’expérience de l’éternel Retour, celle d’août 1881 à Sils, arrache Nietzsche à l’irréversibilité du cours normal des choses. C’est un événement-limite, un point de rencontre inouï entre l’ordre des événements, et l’ordre des pensées, une « pensée-événement », totalement inconcevable, et qui met la sensibilité dans tous ses états jusqu’au paroxysme où la tonalité d’âme se fait pensée et la pensée émotion extrême, mettant tout sens dessus dessous, et ne laissant comme trace de son irruption qu’un signe étonnamment insignifiant.

        Dans un état de grande exaltation, Nietzsche fait l’expérience d’une pensée qui ne le pense plus. Une pensée qui s’assure la cohérence et en exclut celui qui la pense, et, parce qu’elle l’envahit, il se perd lui-même et sort de soi. L’expérience de l’éternel Retour est ce point du temps à partir duquel on pourra appuyer le levier qui soulèvera la terre, la mettant sur orbite pour la faire tourner autour du soleil. Mais qu’y a-t-il de nouveau qui se donne tant d’éclat pour faire que tout soit, comme cela est depuis toujours ? Quelque chose surgit qui se signifie comme étant là de tout éternité, renvoyant ainsi la pensée suprême à la plus radicale insignifiance. Quelle étrange folie fait commander aux astres le parcours qui est le leur, fait vouloir sciemment ce qui aura lieu, quoiqu’il arrive ? Qu’est-ce que cela peut changer de savoir la loi du devenir, puisque rien ne lui échappe, surtout pas moi qui la pense ? La pensée de l’éternel Retour de toutes choses me ravit à moi-même dans un rapt insensé. Cette pensée se pense ailleurs que dans ma tête, en dehors d’elle, elle trace pour apparaître un signe unique, un signe majeur autour duquel on ne peut que tourner. Signe secret du retour, cercle magique, signe sacré du cercle vicieux, dieu ou démon, sinistre sacrement. Si quelque chose tourne dans ma tête, on peut bien dire que c’est une pensée du dedans, ou n’est-ce pas ma tête qui tourne autour d’une pensée du dehors ? Qui est dedans ? Qui est dehors ? Qui tourne ? Il n’est pas possible de sortir du système d’échange qui assure la libre circulation entre les deux régions, sauf à effacer tout échange et par là même toute conscience.

        Le signe du cercle vicieux est, à rigoureusement parler, incommunicable, et pourtant il se dit quand je suis hors du sens. Signe surgi sur la ligne de partage entre les dieux et les hommes, devenue mince et transparente cloison où le rire des dieux s’échange avec les larmes des hommes. L’homme marqué de ce signe passe vivant de l’autre côté, laissant en témoignage un corps vidé de toute personne auquel il n’est plus possible d’assigner une identité.

        C’est en effet que le cercle vicieux, s’il annonce, en tant que doctrine, la fausse prophétie d’un mouvement éternel, qui change tout le temps, n’est, à la lettre, rien pour celui qui le pense. Si subtilement l’expliqué-je, je ne le pourrai qu’à l’aide de ces autres signes que constituent les mots du langage, et qui sont, eux, des mouvements arrêtés, abrégés, incapables de dire le mouvement éternel, et, par là, ne pouvant changer, quoi que ce soit pour moi à m’y efforcer. Je ne puis qu’en sonder l’oubli qui me laisse, en son inconscience, dans la mémoire de moi-même. Mais cet abîme de l’oubli, si je l’explore, happé par son vertige, me fait alors entrer dans ce signe hors langage, et atteindre une mémoire hors de moi-même, par laquelle je pourrai me voir comme pur accident, moment fortuit, venu à l’existence une fois de plus. La loi du cercle vicieux, en même temps qu’elle m’expulse du sens, m’apprend combien je suis déjà oublié, et comme je vais encore m’oublier à ma prochaine réincarnation. Le moi, comme le corps après tout, s’endosse et se quitte comme une forme provisoire, mince membrane que des vibrations impulsives tendent et font résonner en sonorités éphémères. C’est ainsi que j’apprends que je suis passé et passerai encore par d’innombrables identités, oubliant que j’ai déjà vécu et déjà oublié. C’est une expérience dont je ne peux pas profiter, puisqu’elle ne me concerne pas moi, mais toujours un autre en qui elle me change. Seuls les grands Chamans ont pu garder la mémoire de leur vie antérieure ; Empédocle, que Nietzsche vénérait tant, fut de ceux-là. Lui aussi explorera, vivant, le gouffre qui consume, voyageur sans ombre, abandonnant son propre corps, pendant une si longue absence.

        Comment dire que la folie l’a terrassé, quand depuis toujours il en a fait son interlocutrice privilégiée…abolissant la frontière entre raison et déraison ? Ce qui ne veut pas dire que Nietzsche avait renoncé à toute cohérence. La cohérence était sa passion – mais il veut la grande cohérence, avec le soi, c’est-à-dire avec le corps, les impulsions, non la petite cohérence, celle limitée, falsifiante de l’intellect cérébral.

        Comment ne pas être fou depuis le commencement… depuis le lycée, déjà, comme en témoigne cet extraordinaire document, le texte Euphorion conservé par miracle : « Me voilà, je le sens totalement délarvé, je me connais de part en part – mais pouvoir seulement trouver la tête de mon double ! Disséquer mon cerveau, ma propre tête d’enfant aux boucles d’or…[6].

        Cette vivisection, Nietzsche l’opèrera sur lui-même – une extraordinaire volupté de connaître venant compenser l’atroce martyr enduré. Plus Nietzsche souffre, plus la maladie est grave, plus son cerveau est atteint, plus il se perd et plus « sa folie » lui donne de joie exaltante. Les visions surnaturelles ne visitent que les torturés. Nietzsche sait, depuis qu’il a commencé à écrire, que les spectateurs de la cruauté délectable sont les dieux, et qu’ils font leur régal des corps suppliciés.

        Atteindre la pensée en deçà du cerveau, ou plutôt les forces qui, avant de provoquer la pensée qui les trahira, ont d’abord façonné les corps, dût-il pour cela décliner, régresser jusqu’à cet état où le cerveau n’est pas encore maître et cependant communiquer ses découvertes : telle est la tâche, qui est de faire parler le soi, et dût-il périr corps et âme, retourner aux conditions qui l’ont engendré pour revouloir le révolu et se recréer lui-même. Pour cela, Nietzsche va devoir traverser le mur du principe de réalité, passer de l’autre côté de la conscience-miroir pour comprendre quelque chose du mécanisme cérébral. Nietzsche découvre le rôle mystificateur de l’intellect. Transformateur d’énergie, il fait des pulsions, intensités pures, des intentions sensées, orientées, conservateur du suppôt, unité fictive, corporelle et pensante par lequel le cerveau constitue l’individu. Rendu à lui-même, le suppôt, qui ordinairement fait cause commune avec l’intellect, n’est autre qu’un lieu de rencontre purement fortuit de forces, mais qui, comme la vie organique, s’organise pour durer. Ni corps, ni âme à proprement parler mais une pluralité de forces circulantes cherchant qui dévorer. Satan, puissance des ténèbres et prince de la lumière, maître des prestiges, fait et défait les suppôts. Nietzsche, Antéchrist n’est-il pas délibérément suppôt de Satan, nouveau Faust qui connaît le secret du diable, et sait qu’il est Dieu ? Le maître de raison, le serviteur de Dieu, l’intellect, qui nous donne la passion de la Vérité, s’est en fait voué à la simulation. L’escamoteur n’est pas celui qu’on pense.

        L’intellect ne se fait-il pas considérer comme hors jeu des impulsions, quand il n’est que l’expression déguisée d’une impulsion installée, selon une hégémonie tyrannique, provisoire et mutilante. Nietzsche voudra restituer la pensée aux impulsions dont la conscience est l’oubli, n’étant que ce moment où elles s’inversent, et sont rapportées à la station verticale, c’est-à-dire orientées. Dans la lutte incessante des impulsions rivales, croire qu’il faille, pour gagner, rester debout, animal dressé, c’est une vue de l’esprit, une vue cérébrale. Toucher terre n’est pas funeste aux Titans. (Protée, Prométhée.).

        La culture tout entière est de connivence avec la pensée spéculative, la pensée du dehors, résistante aux impulsions désorganisantes. Mais pour Nietzsche, c’est l’intensité qui est passionnante, c’est elle qui le fait délirer pour la plus grande détresse de son cerveau, et la plus grande délectation du corps qu’il libère.

        Il y a loin de l’intensité au sens. Pour être sensée, l’intention a dû être totalement métamorphosée, et elle est méconnaissable. C’est elle pourtant qui est à l’origine du sens, et c’est par elle encore qu’adviennent les significations, et que la pensée pense. Mais ce qui a sens peut être beaucoup plus insignifiant selon l’intensité que ce qui a résonance et pas de sens. Intensité et signification sont en raison inverse. Quand les intensités sont désignées, elles sont devenues sens et perdues comme émotions. Or, c’est cela que Nietzsche veut rendre : l’intensité, l’émotion ; exprimer des pensées qui augmentent la capacité émotionnelle. Au contraire, pour la plus forte réduction de l’intensité, nous aurons un maximum de signification. A ce plus haut niveau de sens, nous trouverons Dieu, le concept en somme le plus désaffecté, alors que l’ébranlement le plus fort accompagnera la révélation de la radicale insignifiance, le chaos et le circuit de son absurdité.

        Le cerveau de Nietzsche mobilisera toutes ses forces spirituelles contre ce détournement de pouvoir. Pour faire échec à son terrible moyen de dissuasion : la douleur, Nietzsche s’appuiera sur les forces somatiques. Il s’aidera du corps contre son cerveau ; il assistera sa propre décollation. Klossowski est fasciné par ce martyr capable de ramasser sa propre tête. Nietzsche traverse son cerveau ; il peut voyager dans ses hémisphères et, par la vision gullivérienne[7], nous fait reconnaître ce que nous ne pouvions pas voir. Grossi ou rapetissé, l’homme prend des proportions fantastiques. Explorer le fond, c’est perdre les contours du sens. Hanté par ce qui fait l’homme grand, Nietzsche diagnostique avec obsession ce qui le fait petit, il joue pour cela des deux bouts de la lorgnette. A la presbytie de Zarathoustra, succèdera la myopie de Par-delà le Bien et le Mal.

        Penser hors de la tête, penser au-dessus de ses moyens, atteindre à une conscience sans suppôt, Nietzsche, aventurier des mers psychiques, exorciste des temps nouveaux, libère ses esprits et ses pulsions corporelles, et s’ajuste ainsi à la sollicitation dissolvante de son extase.

        L’obsession grecque de Nietzsche, le phantasme d’une culture physiquement vécue a trop souvent masqué ce que Nietzsche doit à l’Orient, à ses sagesses, à ses aurores « qui n’ont pas encore lui ». Au moins connaissait-il par l’Agamemnon d’Eschyle, le grand précepte orphique : « Par la souffrance, la connaissance. » Il savait que les dieux souffrent la Passion, et qu’ils sont les figures et les noms capables de réunir les horribles morceaux des corps suppliciés. Zarathoustra, ce Perse amoureux du tir à l’arc, est bien proche du Zen et de son rire. La flèche touche au but quand elle peut partir seule et que le tireur est devenu ce qu’il est. A ce moment, il n’y a plus de différence entre l’acte et son auteur. User son cerveau par son système nerveux. A mesure que ce pseudo-centre est détruit, naît et croît le rire de l’euphorie majeure.

        La révélation de l’éternel Retour, pure émotion, passion extrême devenue pensée des pensées, organise finalement le grand complot contre la nature et la spéculation. Nietzsche développe une praxis du simulacre pour faire correspondre à la pensée de l’éternel Retour, l’action qui lui convient.

        A cette hauteur, la pensée a supprimé le principe de réalité, les simulacres, en restituant les phantasmes, abolissent la distinction entre le désir et le réel. Ce n’est plus moi qui vit, mais mon double qui a réalisé mes désirs. A ce moment, on fait de la magie. La pensée est acte, et les événements mondains se déroulent selon ma volonté. Pensée qui n’a pas besoin d’effectuer pour faire ; penser une chose dans la perspective de l’éternel Retour, c’est avoir la capacité de la faire. C’est comme si on l’avait faite. Simulation suprême. Être « l’acteur » de ses actes, le simulateur de soi-même.

        Nietzsche voudrait dire les états du corps, non encore transformés en mes états ; ce n’est pas l’hystérique qui est possédé, c’est l’homme « normal », envahi par une identité monolithique et puissante ; faire parler le corps non escamoté, non encore réduit à l’état d’instrument, dépossédé, investi, censuré ; rendre le corps à l’expression des impulsions qui le constituent en organisme provisoire, le temps d’une vie humaine, et leur force aux affects intimidés, qui font si fragile l’unité fallacieuse du suppôt. Il faut faire retour à l’origine, aux phantasmes, par les simulacres qui sont la reproduction, par l’art, du monde des affects. La simulation est le moyen de parvenir à la pensée sans fin, à l’action sans intention, jusqu’au signe qui ne signifie rien que lui, signe souverain d’autant plus vide que le sens était plein, signe sans épaisseur, sans intérieur, signe de pure intensité qui fait mouvement vers lui-même et se clôt. L’impie est celui qui profane le signe secret et en parle dans le langage commun, par des récits qui ne le valent pas. Nietzsche-Prométhée dérobe ce signe de Feu, signe-soleil déployant tous ses rayons et les ramenant au centre. La doctrine du cercle vicieux, parodie de doctrine, est une doctrine de la parodie.

        Nietzsche fou et aphasique : mais il se trouve que, selon Klossowski, Nietzsche fut un malade d’un style particulier, que ses maladies furent ses plus précieux instruments d’investigation. La pensée du chaos, de la démence, Nietzsche l’a toujours eue. Hanté par cet étrange revenant, ce mort redoutable et attirant : son père[8]. Que le cerveau, le sien surtout, soit essentiellement menacé, Nietzsche le savait, mieux que les médecins, lui qui peut leur apprendre beaucoup, à eux qui pouvaient seulement le torturer. L’absence du père avait précédé sa mort, nul ne pouvait plus le comprendre ; réduit au mutisme, seule parlait encore la musique. Nietzsche y a alors déposé tous ses émois, toutes ses pensées. Car la musique fut d’abord cela pour Nietzsche, la présence du père, le signe de son retour, sa façon aussi de l’appeler à le suivre, à s’identifier à lui. Mais de ce phantasme essentiel, Nietzsche va rencontrer deux simulacres. Schopenhauer, le philosophe qui parle de la musique comme aucun autre et fait de la musique insignifiante[9], Wagner le musicien le plus significatif, épris de théorie. Avec tout cela, l’austère réalité : les études philologiques, le sérieux professoral. Nietzsche avait développé en « compensation », le phantasme d’une vocation de musicien auquel Von Bülow portera un rude coup[10]. Si la philologie lui apprend les détours de la science, le « pathos » de Nietzsche se réfugie dans la musique. Ni philologue, ni musicien, Nietzsche simulera. Sa philosophie sera un simulacre de musique par le détour de la philosophie[11]. La musique est pour Nietzsche le domaine phantasmatique par excellence. Tout son art consistera à en fabriquer le simulacre.

        Trompé par Wagner, par Schopenhauer, Nietzsche d’abord simule mal, il théorise, alors qu’ « elle aurait dû chanter, cette âme… »[12]. Il mêle intimement sentiments et intellect, comme Wagner et Schopenhauer justement. Il croit que la musique réunit la plénitude des émotions et la plénitude du Sens, de l’intelligible. Mais Nietzsche a fait l’expérience douloureuse de la coexistence dans le père – Dieu musicien, de la musique et de l’absence de toute pensée. Nietzsche est le fils qui dira ce que le père voulait dire. La musique n’est pas sens, elle est pure intensité. Chargée d’intentions, elle est musique enflée, bouffonne, elle prétend faire penser, elle écrase. Nietzsche renie Wagner, faux prétendant, pseudo-frère, pur simulateur, et portera aux nues Bizet et sa musique de pure intensité ; parce qu’elle est dépourvue d’idées, la musique de Carmen est ce qui favorise le mieux cette absence de spéculation, condition du retour à la pensée des intensités. Mais il faudra pour cela passer par la voie qu’il s’était d’abord interdite : après le déclin de l’intensité en intention, faire retourner l’intention à l’intensité. Dès qu’il commence à écrire, dans cet acte qui déjà trahissait le père, et le distançait de Wagner, Nietzsche posait encore avec rigueur la morale de sa méthode ; il balisait la voie unilatérale, marquant d’interdit la remonté du langage à la musique, « c’est comme si le fils voulait engendrer le père »[13]. Pourtant dès cette époque, il envisageait la possibilité d’une voie oblique. La stérilité de l’univers conceptuel était dénoncée à jamais, aucune image, aucun concept ne pouvant provoquer à l’existence la moindre musique. Mais le geste, lui, au paroxysme de l’ivresse, transgressera l’interdit et se changera en son. Par le cri s’opère le retour à la pure intensité. Nietzsche, en disant le corps et ses pulsions, rendra au langage son pouvoir gesticulatoire et mimique. Nietzsche conçoit le rapport à son père sur le modèle de la musique à laquelle il lie son destin. D’abord plénitude du sens, il est, dans le moment de la démystification, totalement désaffecté, Dieu mort, rendu finalement à l’insignifiance du chaos. C’est cet abîme que Nietzsche veut sonder, là où est retourné le père et d’où il revient visiter Nietzsche dans ses fièvres.

        Mais Nietzsche n’en a pas, pour autant, fini avec Wagner. Le détour par Wagner est inappréciable. Ce simulateur lui a enseigné le simulacre, liquidateur de tous les phantasmes. Passer de la plus haute vénération à la polémique la plus virulente, se faire un zélé propagandiste pour devenir l’adversaire le plus redoutable, donner à la même musique la charge de plus haut sens pour la dénuer plus tard de toute valeur, n’est-ce pas être bouffon soi-même et faire encourir à son œuvre le même risque de renvoi à l’incohérence qu’à la musique de Wagner ? Sinon comment comprendre le reproche majeur qu’il fait à Wagner d’être un histrion ? N’exprime-t-il pas, au sein du plus grand éloignement apparent, ce qu’il lui devra, puisque l’histrionisme sera pour Nietzsche la voie initiatique par excellence. Nietzsche n’a pas quitté Wagner, mais il est passé d’une identification phantasmatique, décelée après coup dans ses portraits, à une simulation consciente (n’a-t-il pas dit qu’il aurait pu signer Wagner ?)[14]. Il poursuit en « Peter Gast » un autre simulacre de Wagner (a-t-on dit comme ils se ressemblaient ?), qui aurait pu créer la musique à laquelle Nietzsche aspirait, une musique italienne joyeuse, médiévale aux antipodes de la musique « allemande ».

        Nietzsche a voulu faire parler ce qui, en se taisant, faisait obstacle à la pensée. Il a voulu échanger jusqu’au point où l’inéchangeable ne peut justement donner le change. Il s’est avancé jusqu’à cette limite pour l’abolir. Il a usé du scalpel pour se voir fonctionner, dût-il pour cela avoir de plus en plus graves éclipses de raison, jusqu’à l’obnubilation finale… Mais une joie inouïe le soulevait dans cette entreprise démente, l’euphorie exaltante de pénétrer tout vif dans le secret des dieux ; il s’est fait si fort complice de sa folie, qu’il est parti avec elle, suprême sagesse, retourné au chaos d’où sort le monde, nous renvoyant l’abîme de notre perplexité : comment peut-on en arriver là ? … oui, là où nous sommes ?

        Sous le signe du cercle vicieux, s’organise un complot qui permettra de faire régner les Maîtres de la Terre, les imposteurs qui proposeront résolument un sens et un but chimérique, un simulacre de sens et un simulacre de but. Le surhumain est cet état où l’homme délivré réussit le simulacre qui correspond à son phantasme, comme l’intellect a réussi dans le principe de réalité le phantasme qui lui convient. Fonder le cours des événements sur l’expérience inintelligible d’un cas singulier, telle est l’entreprise en accord avec le chaos originel. Les pseudo-maîtres, ceux qui ont l’air de faire l’histoire, de fixer les buts, travaillent en réalité pour le service de ces Maîtres suprêmes qui, eux, ne font rien, ne veulent rien et agrandissent en l’exerçant la capacité émotionnelle de l’homme. L’éternel Retour, en tant qu’événement, abolit l’histoire. Le complot est délibéré contre l’espèce humaine qui est ainsi menacée dans toutes ses aspirations grégaires, celles mêmes que la société industrielle a développées jusqu’à l’absurde. Plus rien ne lui est intelligible, le délire s’empare de la pensée. Or pour les maîtres de l’imposture, toute distance est abolie entre le simulacre de l’acte et l’acte, entre le dire et le faire. Usera du simulacre le visionnaire qui sait la Béance originelle, organisera délibérément le délire. Délirer, c’est croire qu’il suffit de penser pour agir, et qu’il faut avoir la force d’exécuter une action pour seulement la concevoir. L’émotion suffit à l’action. Le grand criminel sait qu’il n’a pas besoin d’exécuter l’acte monstrueux, mais que la puissance de voir, de concevoir suppose, d’abord, la capacité d’effectuer. Pratiquer le simulacre, c’est aussi dissimuler ce qu’on est, en feignant seulement de l’être. Tel est l’histrionisme : faire croire que les simulacres sont en somme inoffensifs, alors qu’ils présupposent la puissance de monstruosité. Le cercle vicieux n’est-il pas l’épreuve qui, par son rejet ou son adhésion, « cassera en deux l’histoire de l’humanité »[15], fera les maîtres et les esclaves ?

        Seul le simulacre voulu est à la hauteur du phantasme non voulu de l’impulsion. Le simulacre ainsi produit par l’art permet d’exorciser vraiment les forces de l’impulsion, ce que l’intellect ne peut, privé comme il est de toute puissance en face du phantasme. Seuls les simulacres de l’art peuvent sauver d’un face à face désespérant l’intellect et les phantasmes. Mais pour cela, il faut renoncer à la voie droite et prendre les chemins tortueux. Le philosophe imposteur suprême, sera créateur des plus beaux simulacres, proposant un but, un sens inventés à partir de la vie pulsionnelle. Le surhomme est pour Nietzsche le simulacre de son phantasme ; le but, le sens inventés pour exorciser les forces de l’impulsion. Les cas singuliers sont inassimilables, ils sont la puissance excédentaire, images du hasard, menaçants pour l’espèce, totalement dissolus. Nietzsche s’attache au nom du cercle vicieux, à une action occulte qui plonge la conscience grégaire dans la déréliction ; il abolit ainsi les pseudo-différences introduites par l’intellect entre des fantômes, et renvoie aux seules différences qui comptent, les différences d’intensités.

        Passer de Wagner-phantasme à Wagner-simulacre ne rendra pas pour autant Nietzsche à lui-même, puisqu’il sait que toutes les « identités » sont d’emprunt. Il passera de « jouet » à meneur de jeu…, mais Nietzsche continuera à jouer avec Wagner, avec tous ses doubles, au jeu du portrait. Qui est-ce ? N’est-ce pas « le même » en ses différences ? Il faut être au plus loin pour être au plus près…, là où il n’y a ni toi, ni moi, mais des modifications d’un soi, des projections d’un soi… qui peut changer de corps, et garder le même sens, changer de sens et garder le même corps. A ce niveau, en effet, ce ne sont plus les individus qui sont concernés, mais les forces qui les font apparaître et disparaître, et qui empruntent pour se dire les voix des grands ventriloques, des mediums divins, de ceux qui, justement, consentent à perdre la voix, devenus muets, « aphasiques » pour mieux laisser entendre parler l’abîme, la Béance primordiale, quand tout devient ce qu’il est. Cette mystique d’un genre nouveau a ceci de particulier qu’elle mettra toute son authenticité à bien simuler. Sa spécificité, c’est le simulacre ; non pas faire que je sois toutes choses, mais que toutes chose puissent se « désigner » comme moi, ce qui n’est plus mystique mais folie, retour à la dispersion des dieux, éclat de rire d’une bouche d’ombre, bouche bée auxquelles ma peur et mon désir donnent une figure fabuleuse d’un tour de roue d’éternité à l’autre.

        « En moi », dit Nietzsche en commençant Ecce Homo, « mon père est mort », le phantasme a été remplacé par le simulacre ; « mais ma mère vit et devient vieille », car la vie peut très bien simuler l’esprit, couvrir les rides l’éternité puisqu’elle est ridée…puisqu’elle est la mer… et que les vagues ont le même secret que moi, retourné aux origines qui m’engendrent sans commencement, ni fin, dieu absent, récapitulant la création du monde, pure figure sans visage, reflet de « l’énigme que j’ai vue »… père, mère, Œdipe et le Sphinx, homme rendu à ses morceaux, à l’énigme et à l’horrifiant hasard (Rätseltier)[16], monstre énigmatique, qui finit par laisser sans voix ceux qui l’interrogent sur l’homme, sur le sens, car « il ne dit, ni ne cache rien, mais seulement fait signe », comme , selon Héraclite, l’oracle du dieu grec.

        Ce qui importe, ce n’est pas le sens, mais l’émotion, le retour à l’intensité pure, aussi éloigné que possible du long détour par l’intention. La voie n’est ni avant, ni arrière… là et là, il n’y a que « détour » par des phantasmes ; la voie est retour aux origines des phantasmes, par la reproduction voulue des phantasmes que sont les simulacres. L’art, comme plus haute facticité, est seul capable de me rendre à la source dont je suis issu, source des illusions, avec au sommet l’art qui ne « fait » plus rien, qui laisse le monde et moi se faire et se défaire tout seuls et les figures s’échanger.

 

Monique Broc-Lapeyre
Maître de conférences honoraire de philosophie
Université Pierre Mendès France Grenoble

monique.broc@wanadoo.fr

 

Article paru dans la revue Critique, « Lecture de Nietzsche », Ed. de Minuit, juin 1973, n° 313.

 

[1]. Le Gai savoir, préface à la seconde édition, Flammarion, GF, p. 26, 1997.

[2]. Un si funeste désir, Gallimard, p. 188.

[3]. Op. cité, p. 13.

 [4]. Le Baphomet, p. 179 sq.

[5]. Cité par Klossowski in Nietzsche et le cercle vicieux, p. 63.

[6]. Nietzsche et le cercle vicieux, p. 267.

[7]. Vision disproportionnelle dont Klossowski a fait son procédé privilégié : « C’est grâce à cette vision gullivérienne que j’ai pu m’exprimer ainsi que je l’ai fait dans le philosophe scélérat et dans le cercle vicieux – quelles que soient les erreurs de perspectives que l’on y relèverait. » in la Revue, L’Arc, p. 9, Klossowski : Protase et Apodose. Cf. Nietzsche : « Je ne me sers des personnes que comme d’un verre grossissant au moyen duquel on peut rendre visible une calamité publique encore cachée et difficilement saisissable. » Ecce Homo, éd. Gonthier, coll. « Médiations », p. 31.

[8]. Son père : mort à trente-six ans d’un ramollissement cérébral.

[9]. Schopenhauer jouait sur sa flûte des airs de Rossini.

[10]. « L’extravagance la plus fantastique et la plus antimusicale que j’ai vue de longtemps » avait-il dit pour juger la Méditation de Manfred, œuvre musicale de Nietzsche. Jugement que Nietzsche acceptera avec humilité : « Vous m’avez rendu un grand service. » in La vie de Nietzsche d’après sa correspondance, Rieder, p. 215.

[11]. « Peut-être mon Zarathoustra ne relève-t-il que de la musique… » Ecce homo, p. 113, coll. « Médiations ».

[12]. Naissance de la tragédie. Essai d’autocritique, Gallimard, « Idées », p. 171.

[13]. Nietzsche, « Fragment : La musique et le langage », texte cité à la suite de La Naissance de la tragédie, Gallimard, coll. « Idées », p. 280.

[14]. « En admettant que j’aie signé mon Zarathoustra d’un nom qui n’était pas le mien, par exemple du nom de Richard Wagner… » Ecce Homo, éd. Gonthier, coll. « Médiations », p. 51.

[15]. Nietzsche à August Strindberg, 7 déc. 1888 in Nietzsche et le Cercle vicieux, p. 32.

[16]. In Dionysos-Dithyrambes, De la pauvreté du plus riche.